Le management est il compatible avec la gentillesse ?

L’entreprise peut être un lieu ou l’on crée de la sociabilité, mais c’est avant tout une organisation dédiée à la production et au profit. C’est aussi un lieu de respiration et de porosité,  vis-à-vis de son écosystème, ce qui l’amène à gérer une rationalité économique en mode d’actions partagées : gouvernant et gouverné. 

Elle engendre une morale qui peut être un objet de philosophie politique, car elle génère des rapports de subjectivation.

La subjectivation étant une forme de démocratisation dans l’entreprise au sens premier. Un espace de liberté et d’initiative personnelle, en contradiction avec le contrat de travail qui instaure un rapport d’obéissance.

L’entreprise peut être une réelle matrice de sociabilité « produire de la richesse et de l’humanisme ». Celle qui génère une mauvaise ambiance en son cœur se pénalisera économiquement, elle produira du burn-out et par conséquence créera de la démobilisation.

Pour contrecarrer cette démobilisation, les entreprises qui gèrent des règles et des process de plus en plus marqués, et ayant une concurrence interne et externe de plus en plus forte, demande de trouver un équilibre social en réhabilitant la gentillesse (qualités humaines, son antonyme étant la méchanceté) mais c’est aussi la source d’anoblissement de l’homme, ceci afin de créer des relations plus humaines, pour permettre de mieux comprendre et d’entreprendre.

La question que pose de façon récurrente l’entreprenariat, à savoir « comment donner une voie et une capacité d’agir au salarié », comporte un véritable paradoxe. L’injonction contemporaine qui exige le reporting entre en contradiction avec un autre commandement, celui du « soyez spontané ».

Ce paradoxe s’explique par le lien fort qui s’établit avec la culture de l’entreprenariat à l’américaine où le contrat de travail définit une situation où l’on doit rendre des comptes sans avoir la possibilité de modifier une situation ou d’agir correctement. N’oublions pas que les peuples latins travaillent dans l’humeur, la mauvaise ou la bonne. L’affection est synonyme de créativité et permet de tisser de l’humanité, ceci en opposition avec le management  anglo-saxon qui aseptise les relations.

La définition de l’entreprise au XVII siècle c’est la guerre et l’amour, en résumé c’est une aventure.

Aller au travail le matin c’est avant tout participer et vivre une aventure, et non pas une vie par procuration où l’on se cache derrière des règles, des process ou du Lean management.

Si l’entrepreneur devenait gentilhomme c’est-à-dire un homme non pas en quête d’un parchemin, mais caractérisé par sa noblesse et sa capacité à créer de la sociabilité à travers la production de richesses, cela changerait l’ordre des choses en plaçant la gentillesse « sincère » comme une vraie forme d’intelligence, ce  qui permettrait de construire des méthodes de management plus humaines. Cette approche rentre en contradiction avec les réalités et les logiques des marchés, qui sont conçues comme des luttes ou des guerres.

En résumé, L’Entrepreneur du futur doit tisser de la relation humaine autant que de la financiarisation, en instaurant la gentillesse au sein de l’entreprise. C’est cette modernité de conscience, qui permettra de créer de la richesse et de la sociabilité pour pérenniser notre société et nos sociétés.

Source « d’inspiration » : France Culture, le 13 06 2014.

Actualité philosophique : La philosophie de l’entreprise par Adèle Van Reeth, Luca Paltrinieri et Emmanuel Jaffelin. Ils nous aident à penser l’entreprise comme lieu de subjectivation.

A propos Didier

auteur du: Praticopratique de l'entreprise et du management.
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